allanswers.org - [FAQ] fr.sci.maths - partie 1/3

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[FAQ] fr.sci.maths - partie 1/3

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Last modified: 22 septembre 2001 
Version 2.11


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          #           FAQ fr.sci.maths (partie 1/3)           #
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fr.sci.maths est un groupe de discussion destiné à recueillir les
discussions en français concernant les mathématiques.

Ce document rassemble les questions qui ont été fréquemment posées dans
ce forum.

Remarque sur la notation : le signe de multiplication utilisé ici est
l'astérisque *, comme souvent en informatique.

La version texte de ce document a été divisée en trois parties, afin de
faciliter sa difusion sur les forums francophones.

On trouvera, dans cette partie, les chapitres I à III inclus.

Pour les chapitres IV à V, se referer au document intitulé :
             "[FAQ] fr.sci.maths - partie 2/3".
Pour les chapitre VI à VII, se referer au document intitulé :
             "[FAQ] fr.sci.maths - partie 3/3".


Table des matières :

I   Contradictions.
     1. Est-ce que 0,9999... = 1 ?
     2. J'ai réussi à montrer que 2=1.
     3. Zéro puissance zéro égal un (0^0 = 1).

II  Démonstrations.
     1. Le petit théorème de Fermat.
     2. ab et a+b premiers entre eux.
     3. Irrationalité de la racine carrée de 2.
     4. Irrationalité de la racine d'un nombre premier.
     5. Irrationalité de e.
     6. Transcendance de e.
     7. Somme des puissances des premiers entiers.
     8. Les nombres et les polynômes de Bernoulli.
     9. Par combien de zéros le nombre 1998! se termine-t-il ?
    10. Expression par radicaux des racines d'un polynôme de degré n.

III Géométrie.
     1. Problème de la chèvre.
     2. Problème (dit) de Napoléon.

-+- Début de la deuxième partie -+-

IV  Énigmes.
     1. Pièces et balance, traduit par Vincent Lefèvre. 
     2. Les âges du capitaine.
     3. Quel est le nombre qui continue cette suite : 2, 12, 1112,...
     4. Probabilité que 2 personnes soient nées le même jour.
     5. Somme et produit de deux entiers.
     6. Les deux échelles.
     7. La cuve de vin.

V   Questions fondamentales.
     1. Les nombres premiers.
     2. Pi.
     3. Le grand théorème de Fermat.
     4. La conjecture de Syracuse.
     5. Les cardinaux des ensembles infinis - Partie I.
     6. Les cardinaux des ensembles infinis - Partie II. 
     7. Qu'est-ce que le nombre e ?

-+- Début de la troisième partie -+-

VI  Mathématiques et Ordinateur.
     1. Comment écrire des formules mathématiques dans les News ?
     2. Logiciels de mathématiques.
     3. L'algorithme de CORDIC sur les calculatrices.

VII Conclusion.
     1. Références.
     2. Remerciements.
     
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Changements intervenus depuis la version précédente :
  - Correction d'une erreur dans le paragraphe V.1 Les nombres premiers.
  - Ajout d'un lien pour télécharger Maple V release 4, en version
    étudiante.

Les changements sont précédés du caractère : |

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I Contradictions.
  ===============


1. Est-ce que 0,9999... = 1 ?
   --------------------------

On  note  0.9999... (avec les  points de suspension)  pour  désigner  un
"nombre" qui se termine par une  infinité  de  9.

Et donc, est-ce que 0.999... (avec une infinité de  9)  est  égal  à 1 ?
OUI ! Voici  5  arguments pour vous en convaincre.  Les 3 premiers n'ont
absolument  aucune rigueur  et ne peuvent pas être  considérés comme des
démonstrations  mathématiques,  mais  ils  sont  plus  simples  et  plus
convaincants  pour les gens  qui n'ont pas forcément  les  connaissances
mathématiques nécessaires pour accepter les 2 autres.

 a) On part de :
             1/3 = 0,33333...
    On multiplie par 3 des deux côtés :
             3 * 1/3 = 3 * 0,33333...
    Ce qui donne :
             1 = 0,99999...

 b) On pose x = 0,99999...
    On multiplie par 10 des deux côtés : 10 * x = 9,99999...
    On soustrait les deux expressions côté par côté :
       10 * x - x = 9,99999... - 0,99999... = 9,00000...
   Donc 9 * x = 9, c'est-à-dire x = 1, d'où 0,99999... = 1


 c) Un argument très court se déduit du fait suivant :
    "si 2 nombres réels  sont différents, alors il en existe au moins un
     3ème  entre  les  deux,  différent  des  deux  autres".
    (ce  troisième  nombre  peut  être  la  moyenne  entre   les   deux)
    Or, on ne peut pas intercaler de nombre entre 0,99999... et 1 ;  ils
    sont donc égaux.

Pour  les  arguments  plus  rigoureux,  il  faut  commencer  par définir
proprement ce qu'est 0,99999...

En écrivant 0,99999... = 0,9 + 0,09 + 0,009 + ... , on définit 0,9999...
comme une série géométrique  (c'est-à-dire une somme dont  chaque  terme
est  égal  au  précédent  multiplié  par  une  constante,   ici   1/10 -
on dit que c'est une série géométrique de  raison 1/10),  et  on  écrit:
(inf. signifie "infini")
                           n
                          ___ 
                          \     9
     0,99999... := lim     )   ---
                  n->inf. /__    i
                          i=1  10

 d) On peut facilement montrer que la somme des n premiers termes d'une
    série géométrique de raison q et de premier terme a vaut :
                        n
                   1 - q
          S = a * -------
           n       1 - q

    Cette somme tend vers une limite pour n tendant vers l'infini si  et
    seulement si q est strictement plus petit que 1, et cette limite est
    alors :

                a
          S = -----
              1 - q

    Ici, a=0,9, q=1/10, ce qui est plus petit que 1, donc

                 0,9           10
          S = -------- = 0,9 * --  = 1
              1 - 1/10          9

    Donc 0,99999...=1

 e) L'argument le plus direct est de vérifier directement, à  partir  de
    la définition de la limite, que 1 est la limite pour n tendant  vers
    l'infini de la série

            n
           ___    9
           \     ---
      S =  /__     i
       n   i=1   10


    Cela signifie qu'à condition de prendre suffisamment de  termes dans
    la série, on peut s'approcher  d'aussi  près  de  1  que  l'on  veut
    (c'est-à-dire rendre la différence | 1 - S_n | aussi petite que l'on
    veut).

    Mathématiquement, cette définition de limite s'écrit :
    (eps signifiant "epsilon")

       Quel que soit eps, il existe n_0 tel que pour tout n>n_0,
       on a |1 - S_n | < eps

    En calculant

     |       n        |
     |      ___    9  |     1
     |      \     --- | = -----
     | 1 -  /__     i |     n+1
     |      i=1   10  |   10

    on voit facilement que si n  (nombre  de  termes)  est  suffisamment
    grand, alors notre somme peut s'approcher d'aussi près que l'on veut
    de  1, puisque leur différence, 1/(10^(n+1)) devient de plus en plus
    petite quand n augmente.

    Pour être plus précis, si on se donne eps,  la  différence  maximale
    que l'on s'autorise, alors il suffit de  prendre:
    (log représentant le logarithme en base 10)

       n_0 > - log(eps) - 1

    Si n > n_0, on aura alors :

     |       n        |
     |      ___    9  |     1
     |      \     --- | = -----   < eps
     | 1 -  /__     i |     n+1
     |      i=1   10  |   10

    la condition est respectée, donc la limite vaut 1, et 0,99999...=1



2. J'ai réussi à montrer que 2=1.
   ------------------------------

Deux petites démonstrations, fausses, bien  entendu,  mais  qui  peuvent
induire   en   erreur.   N'oublions   pas   le   vieil    adage   latin:

                      " ex falsus, quod libet "
      (de quelque chose de faux, on peut trouver n'importe quoi)

 a) Par la dérivée.
    Soit x appartenant à R*
    On a la relation: x^2 = x + x + x +...+ x , x fois.
    On dérive: 2 * x= 1 + 1 + 1 + 1 +...+ 1 , x fois.
    C'est-à-dire : 2*x = x. Et comme x<>0, on obtient 2=1.

    L'erreur vient de la définition de la dérivée.
    "x^2 = x + x + x + ... + x, x fois" n'a de sens que si x est entier.
    Or, pour dériver en un  point,  il  faut  considérer  un   voisinage
    de ce point   (grosso-modo un intervalle ouvert contenant ce  point)
    qui, forcément, sera loin de ne contenir que des entiers.

    Par exemple, si on essaye d'appliquer cela en x = 3 :
    -- Il est exact que 3^2 = 3 + 3 + 3.
    -- Par contre, pour x proche de trois mais x différent de 3,
       x^2 est différent de 3 * x
    -- la dérivée en x d'une fonction ne dépend pas de la  valeur  de la
       fonction en x mais de son comportement local et  le  comportement
       de x^2 en 3 est très différent de celui de 3 * x.

    De plus, si tu dérives x+..+x (x fois), tu ne  différencies  pas  le
    'x fois', que tu considères donc comme une constante.
    Quand j'étais au lycée on m'avait posé ce problème et j'avais trouvé
    un moyen (tordu et absurde) de retomber sur ses pattes, en  ajoutant
    "x+..+x ('dérivée de x' fois)",  comme  ça  on  a  aussi  dérivé  le
    'x fois'.

 b) Grâce aux polynômes.
    Supposons que a et b soient des nombres réels non nuls tels que a=b.
    Alors a^2=ab (on multiplie par a des deux côtés)
    D'où a^2-b^2 = ab - b^2 (on soustrait b^2 des deux côtés)
    D'où (a-b)(a+b)=b(a-b) (on met en évidence a-b)
    D'où a+b=b (on simplifie par a-b)
    D'où 2b=b (puisque a=b)
    D'où 2=1 (puisque b est non nul)

    Ici, l'erreur vient de la simplification  par  (a-b)  qui  est  nul.
    On a divisé par zéro, ce  qui  est  impossible.  Bien  souvent,  ces
    démonstrations trouvent leur erreur dans une division par zéro.

c) En utilisant les puissances.
   -1=(-1)^1=(-1)^(1/1)=(-1)^(2/2)=((-1)^2)^(1/2)=1^(1/2)=1

   L'erreur  vient du fait  que l'on néglige,  ici,  la définition de la
   puissance.  En effet, on ne peut pas écrire a^q pour q rationnel et a
   réel négatif.

   Plus  précisément,  on peut  expliquer  le phénomène  de  la  manière
   suivante.
  Définition 1:
   Dans un ensemble stable par la loi multiplicative  (pour être le plus
   général possible),  on note  (pour un élément a de l'ensemble et pour
   b entier naturel non nul)   a^b  pour désigner a multiplié b fois par
   lui-même .
  Définition 2:
   Dans le cas ou on l'on veut mettre un rationnel en exposant,  il faut
   utiliser la définition de la puissance par l'exponentielle :
   pour a réel strictement positif et b réel, a^b=exp(b*ln(a)).

    On a en fait le droit d'écrire  (-1)^(2/2).  Mais pas  d'utiliser la
    loi a^(b*d)=(a^b)^d, car pour utiliser cette loi de composition,  il
    faut,  du fait que d est ici rationnel,   prendre la définition avec
    l'exponentielle, qui interdit à a d'être négatif.

    On a bien la loi de composition a^(b*d)=(a^b)^d pour la définition 1
    et la définition 2, mais on peut l'appliquer (pour a, b et d réels):
    -- Selon la définition 1, seulement si b et d entiers naturels
    -- Selon la définition 2, seulement si a est strictement positif.



3. Zéro puissance zéro égal un (0^0 = 1).
   --------------------------------------

Par convention, les mathématiciens posent que zéro à la  puissance  zéro
est égal à un (0^0=1). Mais, si l'on recherche pourquoi une telle chose,
on se retrouve face à un grand nombre de problèmes.
N'oubliez pas,  ce n'est qu'une convention,  et il  peut  être  utile de
poser 0^0=0.


 a) Approche topologique.

 -- Définition par continuité.
     On  prendra  comme  définition  de  la  puissance,   la   formule :
     pour  tous  nombres  réels  x,y   (avec  x>0)   x^y = exp[y ln(x)].
     Une approche par  continuité  pose  problème.  En  effet,  on  peut
     choisir trois  fonctions  {x->x^0}  ;  {y->0^y}  ou  {x->x^x}  pour
     approcher par continuité (en passant à la limite)  la  valeur  0^0.

     Or l'on a, pour tout nombre réel x non-nul  x^0 = exp[0 ln(x)] = 1.
     En prolongeant, par continuité, cette fonction quand  x  tend  vers
     zéro, on trouve:  0^0 = 1.

     Si pour tout nombre réel y non-nul,  on prolonge par continuité  la
     fonction y->x^y pour x=0. Et quand y tend  vers  zéro,  on  trouve:
                           0^0 = 0.

     En  outre, pour  tout  nombre  réel  x  strictement  positif,  on a
     x^x = exp[x ln(x)].  On cherchera,  alors,  la limite  en  zéro par
     valeurs positives, notée 0+. Et l'on a donc :
     Lim  x^x = Lim exp[ x ln(x) ] = 1 car Lim  x ln(x) = 0 et exp[0]=1.
     x->0+      x->0+                      x->0+
     Il vient, donc : 0^0 = 1.

     La question se pose alors : quelle valeur choisir pour 0^0 ?

 -- Problèmes liés à cette définition.
     Soit f une fonction continue définie sur un intervalle I  contenant
     0  et   telle   que  pour  tout  x  appartenant  à  I,  f(x)  >  0.
     Soit g une fonction  définie  sur  un  intervalle  J  contenant  0.
     On supposera également que Lim  f(x) = Lim  g(x) = 0
                                x->0+       x->0+

     On  peut  alors  écrire  pour  tout  x  appartenant  à  I  inter  J
     f(x)^g(x) = exp[ g(x) ln(f(x))]. On constatera  aisément  que  l'on
     est en présence d'une forme indéterminée et donc qu'en  choisissant
     convenablement f et g  on  peut  trouver  n'importe  quelle  valeur
     réelle  positive  finie,  en  passant  à  la  limite  par   valeurs
     supérieures.

     Par exemple, soit A un réel strictement positif.
     Il suffit de choisir f(x) = exp(-A/x) et g(x) = x + x²
     On a bien les conditions voulues et on a
     f(x)^g(x) = exp[(x + x²)ln(exp(-A/x)] = exp[-A (x+x²)/x].
     C'est-à-dire :  f(x)^g(x) = exp[-A(1+x)]
     Et de là: Lim  f(x)^g(x) = Lim  exp[-A(1+x)] = exp[-A]
               x->0+            x->0+

     Ainsi en choisissant convenablement A, on peut trouver comme limite
     n'importe  qu'elle  valeur  réelle   comprise   entre   0   et   1.
     En gardant f et en  prenant  g(x)= -( x + x²)  on  va  trouver  une
     limite supérieure à 1.

     On notera, néanmoins, que si l'on choisit une fonction {u : R ->R+}
     telle que sa limite soit nulle quand x tend vers zéro  par  valeurs
     positives, on a alors :
     u(x)^u(x) = exp[ u(x) ln(u(x)) ] et  par  composition  des  limites
     on trouve:
     Lim  u(x)^u(x) = Lim  exp[ u(x) ln(u(x)) ] = exp[0] = 1
     x->0+            x->0+

     En effet, l'on a bien : Lim  u(x) ln(u(x)) = Lim  X ln(X) = 0
                             x->0+                X->0+
     en effectuant le changement de variable X = u(x).


 b) Approche algébrique.
    On peut, pour essayer de comprendre pourquoi  0^0=1,  revenir  à  la
    définition donnée dans les petites classes de la  fonction puissance
    notée ^.

    Soit maintenant comme définition de la puissance:
                       x^n = x * x *...* x (n fois)

    Le nombre réel x est multiplié n fois par lui-même avec n un  nombre
    entier. Alors cette définition nous amène à  la  relation  suivante:
    Pour tous entiers n et m on a:
                        x^(n + m) = (x^n)(x^m)                     [1]

    Si on prend m=0 et n différent de zéro, alors on a x^n = (x^0)(x^n).
    Si x est  différent  de  zéro,  alors  cela  implique  que  x^0 = 1.
    Il est alors très tentant d'étendre la relation à x = 0, et donc:
                               0^0=1

    On notera que, si l'on pose 0^0=0, alors la relation reste vraie.


    De plus la relation [1] implique la relation suivante:
                            (x^n)^m = x^(n*m)                      [2]

    Encore une fois, si on prend n=0  dans  la  relation  précédente  on
    trouve (x^0)^m = x^0. Et il est encore très tentant, pour x non nul,
    de  prendre  x^0 = 1  et   d'étendre   cette   relation   à   x = 0.
    Mais on peut tout à fait prendre comme convention 0^0=0, sans que la
    relation en soit modifiée.


 c) Approche ensembliste.

    Il faut  d'abord  définir  qu'est  ce  qu'on  entend  par  addition,
    multiplication et puissance.

 -- Qu'est ce que l'addition ?
     On prend deux ensembles disjoints A et B ayant chacun  |A|  et  |B|
     éléments   (lire   'cardinal'   de   A   et   'cardinal'   de   B).
     Et bien l'addition de |A| et |B|, c'est ce qu'on obtient en mettant
     ensemble les éléments de A et B :
                         |A| + |B| = |A union B|

 -- Qu'est ce que la multiplication ?
     Si on veut dire 3.|A|, ça veut dire qu'on compte trois fois  chaque
     élément de A. On peut dire ça en disant que pour chaque x dans A on
     compte (1, x), (2, x) et (3, x).

     En  clair,   on   compte   les   éléments   de   {1 , 2 , 3}  x  A.
     Il est facile alors de voir que ce qu'on entend par multiplication,
                         |A| . |B| = |A x B|

 -- Qu'est ce alors que l'exponentielle ?
     Calculer |A|^n, c'est donc  calculer  |A x A x ... x A|  (n  fois),
     c'est  à  dire  dénombrer  tous  les  n-uplets   d'éléments  de  A.

     Pour former un n-uplet, on choisit un premier élément dans A, x(1),
     puis un deuxième x(2), puis..., puis un n-ième x(n). Et c'est fait.

     C'est  à  dire  qu'on  choisit  une  application  (ici notée x)  de
     {1,2...,n} dans A. On peut alors dire que  |A|^|B| = |A^B|  où  A^B
     est l'ensemble des applications de B  dans  A.
                       |A^B|=nombre d'applications de B dans A

 -- Et 0^0 dans tout ça ?
     Fort de ces définitions, on peut se  demander  ce  qu'il  se  passe
     quand A et  B  sont  vides.  Et  bien,  il  existe  exactement  une
     application de l'ensemble vide dans lui-même, c'est l'identité.
                 Il apparaît clairement que 0^0 = 1.


 d) Conclusion.

    On constate donc que l'approche par continuité,  bien qu'apparemment
    la plus simple, ne conduit qu'à des contradictions.
    On ne peut donc pas définir 0^0 par des fonctions continues  et  par
    passage à la limite.

    Ainsi, par convention 0^0 est en général égal à 1,  parce  que  cela
    arrange nombre de formules, notamment celles sur les polynômes.

    Mais ce n'est pas une généralité.  Il peut en effet  être plus utile
    de poser que 0^0=0 dans certains cas. Nous avons vu que cela n'amène
    aucune contradiction dans la théorie algébrique.

    N'oubliez pas: c'est juste une convention d'utilité.

    On notera que le forum anglophone  possède également
    une " Foire Aux Questions " sur le sujet,  disponible  à  l'adresse:
    http://www.cs.unb.ca/~alopez-o/math-faq/mathtext/node14.html.


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II Démonstrations.
   ===============


1. Le petit théorème de Fermat.
   ----------------------------

Enoncé :
Si p est un nombre premier, et x  un  entier  quelconque  non  divisible
par p, alors le reste de la division de x^(p-1) par p est égal à 1.

Par exemple, si on prend p = 1999 qui est premier, et x = 1665, année de
la mort de Fermat, qui n'est pas divisible par 1999, alors  le  théorème
dit que le reste de la division de 1665^1998 par  1999  est  égal  à  1.

Ce théorème a sans aucun doute été démontré par Fermat.  (Il  me  semble
qu'on n'a pas retrouvé la démonstration  de  Fermat,  mais  Euler  en  a
publié une dès le XVIIIe siècle).


 a) Soient donc p un nombre premier et x un entier non divisible par p.
    Modulo p, (x*1,x*2,...,x*(p-1)) est une permutation de (1,2...,p-1).
    parce que x est inversible modulo p, car car il est premier avec p.
    On a donc, modulo p,
    (x*1)*(x*2)*(x*3)...*(x*(p-1)) = 1 * 2 * 3 * ... * (p-1)
    C'est à dire (p-1)! * x^(p-1) = (p-1)!
    Mais, comme p est premier, (p-1)! est inversible modulo p.
    On obtient donc finalement
    x^(p-1) = 1 modulo p.

 b) Soit p un nombre premier.
    Si 0 < k < p, comb(p,k) = p!/(k!*(p-k)!) est multiple de p.
    Ainsi, le binôme de Newton donne tout de suite :
    (1 + a)^p = 1 + a^p  modulo p.
    Sommons pour a variant de 0 à x-1.  Les termes se détruisant deux  à
    deux, il reste seulement : x^p = x modulo p.

    Si x n'est pas multiple de p, cela équivaut à x^(p-1) = 1 modulo p.



2. ab et a+b premiers entre eux.
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Enoncé:
Soient a et b deux nombres entiers relatifs tels qu'ils soient  premiers
entre eux. Le problème est de  montrer  que  ab  et  a+b  sont  premiers
entre eux.

 a) Pour cette démonstration il  faut  connaître  le  lemme  d'Euclide :
    Soit p un nombre premier, et a, b  deux  nombres  entiers  relatifs.
    Si p divise ab, alors p divise soit a soit b.

    Soit p un nombre premier tel qu'il divise ab et a+b.
    p divise ab, donc par le lemme d'Euclide, p divise soit a, soit b.
    Supposons que p divise a, alors on a:
    p divise a et p divise (a+b) donc p divise (a+b) - a = b.
    Donc p divise a et p divise b. Or deux  nombres  premiers  entre eux
    n'ont pas de facteurs premiers communs. Comme a et b  sont  premiers
    entre eux, il vient que ab et a+b sont premiers entre eux.

 b) Voici une autre démonstration qui n'utilise pas les  propriétés  des
    nombres  premiers,  mais  uniquement   la   relation   de   Bézout :
    a et b sont premiers entre eux, ssi il existe deux  nombres  entiers
    relatifs u et v tels que au + bv = 1.

 -- Lemme 1 : Si a et b sont premiers entre eux, alors a+b  est  premier
    avec a et avec b.
    De au + bv = 1, on déduit a(u-v) + (a+b)v = 1, donc a  et  a+b  sont
    premiers entre eux. De même pour b et a+b.
 -- Lemme 2 : Si a est premier avec b et avec c,  alors  a  est  premier
    avec bc.
    De au + bv = 1, on déduit acu + bcv = c. Donc il existe deux nombres
    entiers U=cu et V=v tels que  (a)U + (bc)V = c  donc  tout  diviseur
    commun de a et bc divise c, donc divise pgcd(a,c)=1.
 -- Conclusion :  Soient  a  et  b  premiers  entre eux ;   alors,   par
    le lemme 1, a+b est premier avec a et avec b, donc, par le lemme  2,
    a+b est premier avec ab.

 c) En partant de la relation de Bézout, comme  a  et  b  sont  premiers
    entre eux, il existe u et v deux nombres entiers relatifs  tels  que
    au + bv = 1 donc
    1 = 1² = (au+bv)² = (au)² + 2abuv +(bv)²
      = (au)² + abv² + abu² +(bv)²- abv² + 2abuv - abu²
      = (a+b)(au² + bv²) - ab(u-v)²
    Or (au² + bv²) et (u-v)²  sont des nombres  entiers  relatifs,  donc
    par la relation  de  Bézout,  on  en  déduit  que  a+b  et  ab  sont
    premiers entre eux.


3. Irrationalité de la racine carrée de 2.
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La racine carrée de 2 est  le  premier  exemple  de  nombre  irrationnel
qu'aient rencontré les mathématiciens. Il est connu  depuis  l'Antiquité
grecque et cette découverte a suscité à l'époque beaucoup de perplexité.
Une preuve de ce résultat procède par l'absurde. Il semble que  ce  soit
le premier exemple de raisonnement par  l'absurde  dans  l'histoire  des
mathématiques.


Avant d'aborder la preuve proprement dite, nous devons établir ce  petit
résultat intermédiaire :
   Soit n un nombre entier. n est pair si et seulement si n^2  est  pair
   et  n   est   impair   si   et   seulement   si   n^2   est   impair.
   (Le  lecteur  familier  des  calculs  modulo,  reconnaîtra   un   cas
   particulier du petit théorème de Fermat : n^2 = n [mod 2].)

Preuve :
   Si n est pair, par définition, il existe un entier k tel que  n = 2k.
   On a alors n^2=4k^2 soit n^2=2*(2k^2). Ceci montre  que  n^2  est  un
   nombre pair.
   Si n est impair, il  existe  un  entier  k  tel  que  n=2k+1.  Alors,
   n^2=(2k+1)^2=4k^2+4k+1 et n^2=2(2k^2+2k)+1, ce qui montre que n^2 est
   impair.

Munis de ce résultat, nous pouvons prouver l'irrationalité  de  sqrt(2).

Nous souhaitons raisonner par l'absurde, c'est-à-dire que nous supposons
que sqrt(2) est rationnel.  Nous  allons  montrer  que  cette  hypothèse
conduit à une contradiction. Nous en déduirons donc que l'hypothèse  est
fausse, c'est-à-dire que sqrt(2) est irrationnel.

Si sqrt(2) est rationnel, on peut donc écrire sqrt(2)=m/n où m et n sont
deux nombres entiers strictement positifs. Nous pouvons supposer de plus
que l'écriture m/n est la forme irréductible de cette fraction, c'est-à-
dire que m et n n'ont pas de diviseurs communs. En  particulier,  m et n
ne sont pas simultanément pairs.

Élevons au carré l'égalité sqrt(2)=m/n. Il  vient  2=m^2/n^2  ou  encore
m^2=2n^2. Ainsi, m^2 est un nombre pair. Or, nous avons vu qu'un  nombre
et son carré ont toujours la même parité. Il s'ensuit que m est lui-même
un nombre pair. Nous pouvons donc poser  m=2m'.

Notre égalité devient alors 4m'^2=2n^2 ou encore 2m'^2=n^2. n^2 est donc
un nombre pair. Comme plus haut, nous en déduisons que  n  est  lui-même
un nombre pair.

m et n sont donc simultanément pairs, ce qui est contradictoire avec nos
hypothèses. Il s'ensuit  que  la  racine  carrée  de  2  est  un  nombre
irrationnel.


4. Irrationalité de la racine d'un nombre premier.
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Sachant  que  la  racine  carrée  de  2  est  irrationnelle,   on   peut
s'interroger sur la racine cubique de 2, la racine  carrée  de  3,  d'un
nombre premier quelconque.

Chacun de ces nombres est en fait  irrationnel,  mais  pour  établir  un
résultat relativement  général  sur  ces  questions,  il  est  utile  de
recourir à  des  outils  un  peu  plus  élaborés  que  dans  la  section
précédente : la décomposition  factorielle  d'un  nombre  entier  et  la
valuation p-adique sur les entiers.

On rappelle que pour tout nombre premier p la  valuation  p-adique  d'un
entier x est le nombre noté v_p(x) défini comme  le  plus  grand  entier
naturel a tel que p^a divise x. C'est aussi  l'exposant  de  p  dans  la
décomposition de x, en facteurs premiers.

On voit facilement que la valuation p-adique  possède  la  propriété  de
morphisme suivante : v_p(x*y) = v_p(x)+v_p(y), pour tous entiers x et y,
et donc aussi v_p(x^a) = a*v_p(x) pour a entier positif.

Une généralisation du problème de l'irrationalité de la racine carrée de
2 peut se formuler comme suit :

Soit a un nombre entier strictement  positif.  A  quelle  condition  sur
l'entier positif x  le  nombre  x^(1/a)  (racine  a-ième  de  x)  est-il
rationnel ?

Posons x^(1/a)=m/n. Il vient m^a=x*n^a. Pour tout nombre premier p, on a
donc v_p(m^a) = v_p(x*n^a) et donc a*v_p(m) = v_p(x)+a*v_p(n) ou  encore
v_p(x) = a*(v_p(m)-v_p(n)). v_p(x) est ainsi un multiple de a  quel  que
soit le nombre premier p. Il s'ensuit que x est  lui-même  la  puissance
a-ième d'un entier.

Il est par ailleurs évident que la racine a-ième  d'un  nombre  qui  est
puissance a-ième d'un entier est rationnelle. On  peut  donc  affirmer :

x^(1/a) est un nombre rationnel si et seulement si x  est  la  puissance
a-ième d'un entier.

Ainsi, en particulier, les nombres entiers dont  la  racine  carrée  est
rationnelle sont les carrés d'entiers.


5. Irrationalité de e.
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L'irrationalité de e fut prouvée dès  1737  par  Euler,  toujours  lui !
(voir la remarque 2, ci-après), de la façon suivante.

e = série, pour k variant de 0 à l'infini, de 1/k!

Donc, une première évidence :  la  somme  partielle  (appelons-la  S_n),
pour k variant de 0 à n de cette série est strictement inférieure à e.

Ensuite, on majore la "queue" de la série (k variant de n+1 à l'infini),
en  y  remplaçant  chaque  1/k!  =  (1/n!) * 1/((n+1)*(n+2)*(n+3)*...*k)
par (1/n!)* 1/(n+1)^k.
Cela donne une "bête" série géométrique dont la  somme  vaut  finalement
1/(n!*n).

Résumons : S_n < e < S_n + 1(n!*n)

(N.B. ceux qui ont quelque idée de l'approximation  rationnelle  savent
déjà que c'est gagné : voir la remarque 1 ci-après).

On peut écrire cela comme e = S_n + r(n)/(n!*n), avec r(n)  dans  ]0,1[.

Supposons maintenant que  e  soit  rationnel,  et  soit  alors  a/b  son
écriture canonique.

Dans ce qui précède, en choisissant le cas particulier n = b, on obtient
donc :

a/b = S_b + r(b)/(b!*b), avec toujours r(b) dans ]0,1[.

Multiplions par b!.  On trouve

(b-1)! * a = (somme, pour k variant de 0 à b, de b!/k!) + r(b)/b.

C'est absurde, parce que le premier membre est entier, le premier  terme
du second membre l'est aussi (somme de termes tous évidemment  entiers),
tandis que le "terme d'erreur" r(b)/b ne l'est pas.


Remarque 1.
   On sait (c'est d'ailleurs quasi évident) qu'un rationnel alpha  n'est
   jamais approchable par une suite (illimitée) de rationnels  s/t  avec
   une "vitesse" v supérieure à 1.
   (je veux dire par  là : |alpha - s/t| < constante/t^v,  avec  v > 1).

   L'encadrement obtenu par Euler était donc bien entendu trop minuscule
   pour " être honnête ", c'est à dire pour cerner un rationnel.

   Généralisation : Liouville a montré en 1844 qu'un  nombre  algébrique
   d'ordre d n'est pas approchable à une vitesse strictement  supérieure
   à d.

   Il s'est servi de ce résultat  (de  démonstration  élémentaire)  pour
   construire effectivement une infinité (non  dénombrable)  de  nombres
   transcendants.
   Exemple : somme, pour k variant de 0 à l'infini, de 1/10^(k!).

   Roth a mis un point final  à  cette  histoire  en  prouvant  qu'aucun
   nombre algébrique de degré > 1 (c-à-d irrationnel) n'est  approchable
   à un ordre strictement supérieur ***à 2***.

   Comme par ailleurs les réduites  de  la  fraction  continue  pour  ce
   nombre (leur suite est illimitée, puisqu'il s'agit d'un  irrationnel)
   l'approchent précisément  à  l'ordre  2,  ce  théorème  est  optimal.
   Il a valu à Roth l'une des médailles Fields de 1955.

Remarque 2.
   Une  réclame  de  la  Mathematical  Association  of  America  annonce
   la parution du livre " Euler, the Master of us all ".  (ce titre  est
   une citation de Laplace).  Le livre est  écrit  par  William  Dunham,
   dans la série " Dolciani Mathematical Expositions ", bien  connue  de
   tous les familiers de la MAA.


6. Transcendance de e
   ------------------

La transcendance de e fut prouvée par Charles Hermite en 1873 (Lindemann
devait  suivre  avec  pi  en  1882,  seulement).   C'est  beaucoup  plus
difficile et horrible à écrire ici. Je résume donc brutalement.

Soit f(t) un polynôme (quelconque pour l'instant) et F(t)  la  somme  de
toutes ses dérivées successives.

En intégrant par parties, on prouve  d'abord  (c'est  très  facile)  que

exp(x) * (intégrale, de 0 à x, de exp(-t) * f(t)) =
- F(x) + exp(x) * F(0).

On  suppose  ensuite  que  e  satisfait  à   l'équation   algébrique   à
coefficients entiers : somme, pour k variant de 0 à n, de a_k * exp(k)=0

(Ce n'est évidemment pas une restriction que de supposer  a_0  non nul).

L'identité générale précédente donne alors :

somme, pour k variant de 0 à n,
de a_k * exp(k) * (intégrale, de 0 à k, de exp(-t) * f(t)) =

- somme, pour k variant de 0 à n, de a_k * F(k).  (1)

Ici, coup de génie de Hermite : il choisit maintenant le polynôme

f(t) = (t^(p-1))/(p-1)!) * produit pour j variant de 1 à n, de (j-t)^p,

où p est un nombre premier supérieur à n et à |a_0|.

(C'est possible, puisqu'il existe une infinité de nombres premiers)

Il démontre ensuite que le second  membre  de  (1)  est  un  entier  non

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